
Grand Titre
L’Etat accorde le statut d’école privée sous contrat simple à un établissement proche du mouvement anthroposophique
M. Pierre Rabhi, président d’honneur, fondateur, et porte-parole du mouvement Colibris se réclame également du mouvement ésotérique anthroposophique, et écrit dans son ouvrage « Du Sahara aux Cévennes », réédité en 2002 :
« La méthode d’agriculture dite biodynamique de l’anthroposophe autrichien Rudolf Steiner me semble apte à répondre à l’exigence de globalité. Elle éveille la conscience à la notion de subtilité, comme le fait l’homéopathie dans le domaine des substances. On ne tient plus seulement compte des mécanismes et des effets les plus évidents, mais aussi des phénomènes qui, bien qu’échappant à notre analyse, n’en produisent pas moins des effets probants, comme l’utilisation des préparats. »
Par ailleurs, le Centre d’information et de conseil des nouvelles spiritualités (CICNS), association qui s’en prend très explicitement à la vigilance française en matière de dérives sectaires et, au premier chef à la Miviludes, porte un projet de création d’un Observatoire indépendant des minorités spirituelles en France.
M. Pierre Rabhi fait partie des principaux soutiens à ce projet.
Le texte du CICNS présentant cet observatoire remet en cause, non seulement le travail réalisé par la Miviludes, mais aussi celui d’associations de prévention du phénomène sectaire, reconnues d’utilité publique, comme l’UNADFI et le CCMM, et l’on peut y lire, par exemple : « L’instrumentalisation des pouvoirs publics par ces associations a considérablement déséquilibré le débat en privilégiant une approche victimaire outrancière (uniquement basée sur le témoignage des « sortants de sectes » ou « apostats ») et en généralisant une politique de la rumeur et du « lieu commun ». Ces associations prennent, petit à petit et sans aucune véritable compétence, la place des sociologues des religions pour porter un regard sur les croyances, ainsi que celle des parlementaires pour établir des listes de personnes classées comme dangereuses. La façon dont ces associations se sont intégrées dans l’arsenal de lutte antisectes des pouvoirs publics français est un phénomène unique parmi les pays démocratiques ; ».
A l’instar des Ecoles Steiner-Waldorf, le Mouvement Colibris initié par M. Rabhi promeut la création d’écoles privées. C’est le cas de « l’Ecole du Colibri, Les Amanins », créée en 2006 dans la Drôme.
Les Amanins et la directrice de l'école n’hésitant pas à inviter récemment l’anthroposophe, M. Henri Dahan, Délégué général de la Fédération des écoles Steiner-Waldorf en France, dans le cadre « d’un séminaire d’intelligence collective unique dédié aux professeurs, enseignants, éducateurs et citoyens parents ».
L’endoctrinement à l’Anthroposophie dans les écoles Steiner-Waldorf a été souligné dans un témoignage détaillé publié par l’UNDAFI. S’en est suivi un procès à l’issue duquel la Fédération des Ecoles Steiner-Waldorf a perdu.
Nous apprenons que l’École du Colibri, Les Amanins, sera officiellement, à la rentrée de septembre 2014, une école privée sous contrat simple.
Cette reconnaissance n’est-elle pas problématique pour les valeurs défendues par l’État et la République ?
Source : CIPPAD, 24 juin 2014
Centre d'Information et de Prévention sur les Psychothérapies Abusives et Déviantes
Observatoire indépendant des minorités spirituelles en France
Nombre de signatures au 01/06/2010 (lancement de la collecte le 1/05/2010)
510
Personnalités ayant signé à ce jour :
- Dr Ervin Laszlo, philosophe des sciences, fondateur du Club de Budapest
- Pierre Rabhi, agroécologiste, conférencier, écrivain www.terre-humanisme.org
- Philippe Leconte, Président du conseil de Surveillance de la NEF
- Philippe Yacine Demaison, Président de la Fédération du Scoutisme Français
- Éric Julien, consultant, fondateur de l’Association « Tchendukua - Ici et Ailleurs »
- Laurent Hincker, avocat, écrivain
- Marianne Sébastien, cantatrice, fondatrice de l’ONG « Voix Libres »
- Yves Michel, éditeur www.yvesmichel.org
- Alain Michel, directeur de la fondation « Hommes de Parole »
- Sylvie Simon, journaliste, écrivain
- Philippe Derudder, formateur/conseil en entreprise, consultant en économie Site
- Gilles Farcet, écrivain
- Jean-Luc Martin-Lagardette, journaliste, essayiste Site
- Bernard Montaud, écrivain
jeudi 22 mai 2014
Anthroposophie - Le cas Rabhi nié
La bienveillance médiatique à l’égard du phénomène Pierre Rabhi est assez surprenante. Le personnage n’est pas aussi lisse que l’image du poète paysan éloigné des choses matérielles qu’il nous donne à regarder ou entendre. « Je ne veux pas être un gourou », écrit-il sur son blog, immédiatement contredit dans les commentaires qui suivent ce billet, réactions qui oscillent entre adoration béate et remerciement extatique, tout esprit critique semble s’être évaporé devant tant de spiritualité. Le billet suivant, idem. Les autres billets n’ont plus de commentaires, cela faisait sans doute trop courrier des lecteurs pré écrit. http://www.pierrerabhi.org/blog/
A comparer avec cet entretien dans l’Huma, où cette bienpensance naturaliste se métamorphoserait presque en icône subversive : http://www.humanite.fr/pierre-rabhi-toute-demarche-qui-construit-de-lautonomie-est-insurrectionnelle. Le fantôme de Sankara passe, ça se finit avec « La modération devient un fondement puissant de l’organisation d’un monde futur. Avec elle, le capitalisme a du souci à se faire » La vache, il sait donc aussi s'adapter à son public ! Un peu plus léger, le site de Colibris, le «mouvement politique» de Pierre Rabhi, vous donne une étrange impression d’invitation au consumérisme, systématiquement à chaque page, ce bandeau vous attire le regard.
Sur l’ensemble des cases liens qui vous est proposé, la moitié vous incite à l’acquisition des produits dérivés Pierre Rabhi ; livres, CD, DVD...http://www.colibris-lemouvement.org/. Une vous conseille même très fortement de changer de banque pour le crédit coopératif -filiale de la banque populaire- qui est un des principaux bailleurs de fonds du système Rabhi. Le reste est complété par des sortes de fiches pratiques : la démocratie tirée au sort, manger bio, consommer maigre, monnaie locale, avec de nombreuses adresses. L’écolo de base y apprendra peu, mais le novice pourrait être motivé par cette simplicité textuelle donnant l’impression que c’est facile de s’y mettre. Un compte rendu –light et sans sel- des initiatives des colibris est là aussi, et semble démontrer un éveil des consciences partout dans le pays. Pas vu.
Pierre Rabhi apparaît dans le consistant Bastamag, site peu suspect de complaisance journalistique et de bonne tenue, et pourtant. http://www.bastamag.net/S-initier-a-l-agroecologie-mode-d. L’article est très positiviste, parle bien d’initiation à l’agroécologie, que le lecteur perçoit comme une sorte de jardinage écolo, la portée sociale est absente. Les vidéos attestent de ce coté initiatique, assez bon enfant pour ne pas dire empreintes d’une certaine simplicité naturaliste. Le coté fiche pratique-conso des colibris réapparait.
Dans les commentaires un lien : http://afis-ardeche.blogspot.fr/2012/09/humanisme-notre-visite-chez-des.html. Là, nous sommes dans le dur. Le ton y est adverse et résolument contre, une asso pro OGM et plutôt productiviste tient le stylo, normal, hein, mais tout de même, le réquisitoire laisse des traces, je cite « Tout cela pour tout dire que la réalité, non seulement agronomique, mais aussi financière, est forcément un peu plus complexe que ce qui nous a été présenté. » J’arrête là, un Médiapartien traite déjà du sujet : http://blogs.mediapart.fr /blog/yann-kindo/280912/agroecologie-quand-bastamag-voit-ce- quil-croit
Bon, on se doute bien un peu, beaucoup, que le mas de Beaulieu, de l'association « Terre et Humanisme » ne concurrence pas les productions beauceronnes, mais cette vision critique, même à charge, montre combien le bon sens et les bonnes volontés ne suffiront pas à valider que la décroissance est une évidence facile, un chemin aisé. Ce lieu semble être avant tout un outil de découverte promotionnel de cette utopie plutôt que sa démonstration réelle. Une ferme de ce type existe donc, alors qu’elle n’est clairement pas auto suffisante mais est présentée comme telle sur France Inter notamment. Elle produit peu, voire mal, le travail non rémunéré des stagiaires et bénévoles ne suffisent pas non plus à la rendre viable économiquement, d’où la nécessité d’apports financiers et de dons privés pérennes au petit artisan Pierre Rabhi, le crédit coopératif revient, mais aussi de riches entreprises.
Il parait évident que son élan individuel initial vient au départ d’une démarche communautaire, « je m’isole du monde moderne pour prouver que je peux vivre sans lui sur une terre inhospitalière» dans l’Ardèche, ce n’est pas une rareté, c’était même assez couru dans les années 60. A quel moment a-t-il basculé vers ce leadership tout en douceur de la décroissance –concept pourtant plutôt raide quand c’est Jean-Claude Michéa qui cause par exemple-. Pourquoi les médias l’ont-ils élu lui, plutôt qu’un autre, on pourrait penser à un Paul Ariés, autre exemple.
Mais non, Rue 89 assure aussi sa promotion et sa diffusion, parfois complaisante voire angélique, puisqu’elle nous vend aussi l’école privée de la fille de Rabhi, (2800 € l’inscription annuelle), sans compter l’accès induit à son village bio communautaire peuplé de retraités (...),http://rue89.nouvelobs.com/2013/01/11/chez-la-fille-de-pierre-rabhi-une-ecole-ou-ladulte-sadapte-lenfant-238499 et pas ouvert à toutes les bourses...mais sans doute très bien aux convaincus. http://www.bastamag.net/L-ecovillage-bati-a-l-envers-qui.
Dans quelques uns des liens cités plus haut, vous pourrez y lire des allusions ésotériques hilarantes ou teintées d’une religiosité précieuse, et surtout un curieux rejet systématique de la modernité dans son ensemble. Pierre Rabhi ne relativise jamais, ni sur le progrès -forcément- néfaste, ni sur la -forcément- parfaite harmonie de tout ce qu’il peut développer. Il vit et tricote son truc à coté de notre monde, ne le fréquente que pour y faire son modeste show, provoquer des financements ou des vocations de stagiaires ou de bénévoles qui lui demeurent nécessaires pour faire perdurer sa petite affaire à moindre coût. Ces rares apparitions seraient elles autant de vrais mirages, in fine.
Le libéralisme, l’économie financière et le productivisme court-termiste peuvent ravager la planète, votre sort lui sera sans doute indifférent, puisque votre comportement en serait la cause. Seul salut, faut devenir comme son petit colibri qui éteint le feu avec sa goutte d’eau, et quand nous seront tous des mignons colibris tout ira bien, c’est simple, dit comme cela. Pierre Rabhi ne s’oppose pas, il ne construit pas de contre-pouvoir, il est à coté. De fait, il ne lutte pas, ni ne résiste, il s’éloigne juste, là ou il n’y a personne, signe à la rigueur quelques appels ou rejoint quelques tribunes.
La crise systémique qui bouleverse les rapports sociaux, crée des inégalités intolérables, les excès de pouvoir des puissants, la domination de quelques uns sur les masses, ou même la géopolitique, seraient de notre responsabilité individuelle et par la même, la négation des pouvoirs à l’œuvre. Les 15% de français sous le seuil de pauvreté, les enfants sans logis, sont déjà dans une décroissance optimale, mais ils ne sont pas le cœur de cible de Colibris, ils n’amèneront pas le rapport d’achat qui vous fera accéder à l’agroécologie.
Tout cela ne comptera plus dans sa société paysanne séculaire, qui ne vise pas l’émancipation de la condition humaine, mais plutôt une sorte de bien être individuel indéfini, car sans statut, la loi, le droit, Rabhi n’en parle jamais, pas besoin. La terre suffirait donc à réguler nos rapports sociaux et partager nos richesses. Nous ne sommes alors plus très loin du slogan pétainiste sur la vérité terrienne, indiscutable puisque innée, en tout point identique au fait religieux. On ne saura jamais ce qu’il fera des faibles, des pauvres, des malades, ou des délinquants, il n’y en aurait sans doute pas en agroécologie.
Rabhi est sans doute un utopiste véritable qui nous fait croire qu’il se réalise, en mettant sous le boisseau les apports extérieurs en espèces sonnantes et trébuchantes qui assurent sa survie. La croissance de sa petite affaire ne serait-elle pas un peu contraire à ses principes, notamment son rapport à l’argent issu du capital, que son jardinage n’a pas éliminé.
En ces temps où la protection sociale commune va être mise à bas, où des millions de gens sont exclus du sort normal, le discours de la décroissance culpabilisante résonne curieusement en phase avec ces économistes libéraux ou le Medef qui trouvent que nous coûtons trop cher, que l’on vit trop dans le confort. Intrinsèquement, le discours de Pierre Rabhi sert ces gens là, serrez vous la ceinture, pendant que les autres goinfres continuent de se remplir les poches avec notre travail, et monétisent ou détruisent des biens collectifs que l’on croyait inaliénables.
D’où sa médiatisation, contrairement aux autres théoriciens de la décroissance qui n’apparaissent pas, trop politisés pour lui, ils dérangeraient un peu trop le ronron de l’info mainstream. La présence du bon paysan rassure les classes moyennes apeurées par la violence de la crise économique. Un prêche et ça repart, comme le sermon du dimanche des temps anciens pour mieux supporter l’injustice de la semaine. Il parle doucement, positive toujours, nous fait juste du bien dans l’instant, parce qu’il ne nous dérange pas finalement, il nous calmerait même, un des rares que nous n’ayons pas à craindre, contrairement à la troïka aux portes du pays, aux amis de l’ordre blanc, aux religions liberticides ou aux recommandés dans la boite aux lettres.
Source : Blog MEDIAPART, Le blog de Joseph G , 17 avril 2014,
http://blogs.mediapart.fr/blog/joseph-g/170414/le-cas-rabhi-nie
Note du CIPPAD : il convient de préciser que M. Pierre Rabhi se réclame du mouvement anthroposophique et de son maître-à-penser Rudolf Steiner, ainsi qu’il l’écrit lui même dans son ouvrage « Du Sahara aux Cévennes », publié en 1983 et réédité en 2002.
D’autre part, le Centre d’information et de conseil des nouvelles spiritualités (CICNS), association qui s’en prend très explicitement à la vigilance française en matière de dérives sectaires et, au premier chef à la Miviludes, porte un projet de création d’un Observatoire indépendant des minorités spirituelles en France.
M. Pierre Rabhi fait partie des principaux soutiens à ce projet.
Le texte du CICNS présentant cet observatoire remet en cause, non seulement le travail réalisé par la Miviludes, mais aussi celui d’associations de prévention du phénomène sectaire, reconnues d’utilité publique, comme l’UNADFI et le CCMM, et l’on peut y lire, par exemple : « L’instrumentalisation des pouvoirs publics par ces associations a considérablement déséquilibré le débat en privilégiant une approche victimaire outrancière (uniquement basée sur le témoignage des « sortants de sectes » ou « apostats ») et en généralisant une politique de la rumeur et du « lieu commun ». Ces associations prennent, petit à petit et sans aucune véritable compétence, la place des sociologues des religions pour porter un regard sur les croyances, ainsi que celle des parlementaires pour établir des listes de personnes classées comme dangereuses. La façon dont ces associations se sont intégrées dans l’arsenal de lutte antisectes des pouvoirs publics français est un phénomène unique parmi les pays démocratiques ; ».
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L'écogourou sur le chemin de Compostage - Pour en finir avec la supercherie Rabhi
Par Blanchemanche
La bienveillance médiatique à l’égard du phénomène Pierre Rabhi est assez surprenante. Le personnage n’est pas aussi lisse que l’image du poète paysan éloigné des choses matérielles qu’il nous donne à regarder ou entendre. « Je ne veux pas être un gourou », écrit-il sur son blog, immédiatement contredit dans les commentaires qui suivent ce billet, réactions qui oscillent entre adoration béate et remerciement extatique, tout esprit critique semble s’être évaporé devant tant de spiritualité. Le billet suivant, idem. Les autres billets n’ont plus de commentaires, cela faisait sans doute trop courrier des lecteurs pré écrit.
A comparer avec cet entretien dans l’Huma, où cette bienpensance naturaliste se métamorphoserait presque en icône subversive.
Le fantôme de Sankara passe, ça se finit avec « La modération devient un fondement puissant de l’organisation d’un monde futur. Avec elle, le capitalisme a du souci à se faire » La vache, il sait donc aussi s'adapter à son public ! Un peu plus léger, le site de Colibris, le «mouvement politique» de Pierre Rabhi, vous donne une étrange impression d’invitation au consumérisme, systématiquement à chaque page, ce bandeau vous attire le regard.
Sur l’ensemble des cases liens qui vous est proposé, la moitié vous incite à l’acquisition des produits dérivés Pierre Rabhi ; livres, CD, DVD...
Une vous conseille même très fortement de changer de banque pour le crédit coopératif -filiale de la banque populaire- qui est un des principaux bailleurs de fonds du système Rabhi. Le reste est complété par des sortes de fiches pratiques : la démocratie tirée au sort, manger bio, consommer maigre, monnaie locale, avec de nombreuses adresses. L’écolo de base y apprendra peu, mais le novice pourrait être motivé par cette simplicité textuelle donnant l’impression que c’est facile de s’y mettre. Un compte rendu –light et sans sel- des initiatives des colibris est là aussi, et semble démontrer un éveil des consciences partout dans le pays. Pas vu.
Pierre Rabhi apparaît dans le consistant Bastamag, site peu suspect de complaisance journalistique et de bonne tenue, et pourtant. L’article est très positiviste, parle bien d’initiation à l’agroécologie, que le lecteur perçoit comme une sorte de jardinage écolo, la portée sociale est absente. Les vidéos attestent de ce coté initiatique, assez bon enfant pour ne pas dire empreintes d’une certaine simplicité naturaliste. Le coté fiche pratique-conso des colibris réapparait.
Pour lire l’article en entier, activer le lien ci-dessous:
Source : Paper Blog, 21 novembre 2014,
Anthropophobie - L'homme est-il de trop
Contre les idéologies de la peur, technophobes et anthropophobes, le sociologue Gérald Bronner, qui publie « La planète des hommes » (PUF), veut « réenchanter le risque». Pierre Rabhi lui répond vertement.
Le Point: On croyait notre espèce menacée par l'apocalypse, les désastres écologiques, notre activité industrielle. Selon vous, c'est une autre menace qui pèse sur nous?
Gérald Bronner : Je ne nie pas ces menaces, mais je montre qu'il n'est pas de plus grand risque que de ne pas en prendre. S'il est vrai que, dans certains mondes possibles, l'humanité disparaît en raison de son action technologique inconséquente, il est plus vrai encore qu'elle disparaît de tous les mondes possibles sans solution technologique trouvée pour sa survie. Cette idéologie de la peur qu'on cherche à nous insuffler est comme un étouffoir. Or, bâillonner le présent, c'est désespérer le futur.
N'exagérez-vous pas en parlant d'une idéologie?
Non. Il s'agit bien d'un système de représentation cohérent, qui cherche à imposer une nouvelle hiérarchie morale avec au sommet une nature quelque peu déifiée que certains nomment même Gaïa; un mal identifié: l'homme industriel moderne, et même une fin des temps terrifiante, celle qui est narrée, par exemple, à longueur de films catastrophes décrivant comment mère nature finira par se venger des méchants humains. Notre imaginaire est traversé par cette idéologie qui ne nous propose pas seulement d'aménager nos façons de vivre, mais bel et bien de changer de civilisation.
Les personnalités tenant un tel discours se comptent sur les doigts d'une main. Ne cédez-vous pas à votre tour à la théorie du complot ?
Elles sont minoritaires. Mais j'ai pu montrer comment des groupes marginaux parvenaient progressivement à imposer leurs vues sur le marché des idées. Les mouvements anti-vaccins, par exemple, sont groupusculaires, pourtant leurs croyances ont essaimé dangereusement et contribuent à réduire la couverture vaccinale. Ainsi, en France, alors que 8,5 % des Français étaient défavorables à la vaccination en 2000, ils sont à présent 38,2 % !
L'une des figures emblématiques du courant de pensée que vous dénoncez est Pierre Rabhi, un adorable paysan qui milite pour la décroissance. A qui allez-vous faire croire qu'il menace l'espèce humaine?
Rabhi est peut-être adorable, mais, lorsqu'il affirme que ses techniques agricoles pourraient nourrir la planète, il trompe nos concitoyens. Sa ferme ne survit que parce qu'elle peut compter sur le travail de 150 bénévoles ! Ils n'arrivent même pas à gérer les doryphores, qu'ils sont obligés de retirer à la main. Et que dire du fait qu'ils clouent sur les murs des intestins de cerf pour bénéficier des « influences cosmiques » ? Rabhi est donc apprécié parce qu'il énonce des banalités du genre « il y a une vie avant la mort » avec un sourire télégénique, mais si l'on prenait au sérieux ses propositions et celles de ceux qui partagent son idéologie, nous précipiterions la population mondiale vers de graves problèmes de sous-nutrition.
Et Matthieu Ricard ? C'est un crime de défendre les animaux?
Bien sûr, nous avons des devoirs envers les animaux, qui sont des êtres sensibles. Mais, dès lors que l'on cherche à les parer des attributs de l'humanité, toute atteinte à l'intégrité de ces créatures, dont on fait en quelque sorte nos enfants, suscite des réactions irrationnelles. Ce que je crois, c'est que cette représentation naïve des animaux - mais je ne vise pas Ricard - trahit parfois une haine des êtres humains. C'est un des aspects de ce que je nomme l'anthropophobie.
Vous voulez « réenchanter le risque ». Pourquoi cette notion de risque est-elle devenue à ce point une source d'angoisse et de peur?
Nous avons pris conscience, étape nécessaire, que notre action pouvait avoir un impact négatif sur notre environnement. Mais cette crainte a été instrumentalisée et est devenue une telle obsession que nous n'envisageons plus les conséquences de notre inaction, qui, elles aussi, peuvent être cataclysmiques. Dompter cette crainte passe en effet par un réenchantement du risque.
Si l'on ne prend plus de risques, ce sera notre fin?
Oui. Cette idéologie, qui met en examen nos explorations technologiques pour attirer notre attention sur les conséquences négatives possibles qu'elles pourraient avoir sur nous ou les générations futures, menace sans cesse d'interrompre l'arborescence de la recherche. Or, qui peut dire laquelle des explorations d'aujourd'hui sera le lointain marchepied de la sauvegarde technologique de demain? Que ferons-nous si une météorite de grande envergure vient percuter la Terre, par exemple, ce qui est déjà arrivé ? Aujourd'hui, nous ne sommes pas prêts à répondre technologiquement à cette menace qui pourrait éradiquer toute vie sur notre planète.
Votre vision du progrès fleure bon le XIXe siècle...
Pas vraiment. Je suis progressiste et humaniste, je ne le nie pas (c'est assez drôle d'avoir à s'en excuser), mais cet espoir, doit être allégé des naïvetés des temps passés. Nous devons reconnaître que la technologie n'est pas sans risque et doit être encadrée. La technologie n'est qu'une excroissance de la capacité humaine à explorer le possible. La craindre sans discernement, c'est nier ce qui fait notre spécificité en tant qu'espèce. Nous sommes des animaux, oui, mais pas tout à fait comme les autres, car la connectivité de notre cerveau en fait un des objets les plus complexes de l'univers.
Les anthropophobes sont-ils les vrais réactionnaires de notre temps?
Les promoteurs de cette idéologie de la peur n'aiment pas qu'on leur rappelle qu'ils sont réactionnaires. Pourtant, il est difficile d'imaginer une pensée qui le soit plus que celle qui vise fondamentalement à interrompre le processus de division de la connaissance par les mesures qu'elle préconise. Ainsi, par exemple, derrière les idées d'autoproduction, de décentralisation et de vie en communauté que certains promeuvent, il y a celle d'un individu polyvalent qui cultiverait son jardin, etc. C'est une façon de remettre en question la division du travail. Or, tout progrès de la connaissance ne peut être fondé que sur cette division. C'est notre spécialisation, notamment dans les domaines intellectuels, qui permet de concevoir un cumul collectif des connaissances.
Nos politiques sont-ils déjà acquis à cette idéologie?
Les politiques, dans les sociétés où le marché de l'information est dérégulé, sont de plus en plus sensibles aux mouvements erratiques de l'opinion publique. Or, si cette idéologie se diffuse mal sous sa forme complète et cohérente, elle essaime ses idées un peu partout. Le monde médical, celui des hôpitaux, le monde industriel... croulent sous la masse des normes décidées par les politiques qui n'existent que pour traquer le risque. Ces normes ont bien entendu un coût économique, mais elles désespèrent aussi certains chercheurs et, c'est encore plus grave, entraînent des dégâts sanitaires.
Selon vous, nous faisons fausse route. Ce n'est pas le Terrien qu'il faut défendre, mais l'humain...
Il y a une forme de coquetterie morale à se détester soi-même, les Occidentaux sont passés champions dans cet exercice. Celui-ci n'est possible que si l'on considère que la Terre doit passer avant l'Homme, ce que les anthropophobes n'hésitent pas à faire. Cette proposition n'est pas insensée dans la mesure où nous vivons sur cette planète. Cependant, c'est oublier que, hélas, la vie ne sera un jour plus possible sur Terre en raison de l'activité solaire. Cet horizon est très lointain, mais il n'en demeure pas moins que, si les humains existent encore, ils devront se poser la question d'un exode et, dès lors ils ne pourront faire autrement que de se connaître humains avant d'être terriens.
PROPOS RECUEILLIS PAR SEBASTIEN LE FOL
Pierre Rabhi : « Ce qui nous aliène, c'est le superflu»
Ce livre est un vaste galimatias ! C'est le délire d'un type qui n'a rien compris, cela peut même être dangereux si des gens fragiles le lisent et ; le croient... La question qu'il faut se poser maintenant est absolument radicale et impossible à éluder : est-ce que nous avons besoin de la nature ? La réponse est oui. Est-ce que la nature a besoin de nous? La réponse est non.
Le problème des êtres humains, c'est qu'ils s'entre-égorgent pour des idées, des idéologies, des croyances. Si les extraterrestres nous observaient, ils diraient: ils sont doués, mais tellement stupides, puisqu'ils portent atteinte à ce à quoi ils doivent la vie! Si je mets des produits chimiques dans la terre, je les retrouve dans mon corps. Ces produits ont été présentés comme éléments de progrès alors qu'ils ont nié les mécanismes de la vie ; c'est une régression terrible. Il n'est pas possible de survivre sur Terre sans la coopération avec la vie. Qu'on le veuille ou non, nous avons une nourriture qui véhicule des substances chimiques. Plutôt que de souhaiter « bon appétit » avant de se mettre à table, maintenant il faudrait dire «bonne chance ! ».
Mais nos craintes concernant la nourriture ou l'air qu'on respire sont secondaires, contrairement à ce que dit ce mon- sieur quand il parle des « promoteurs de l'heuristique de la peur ». La peur pour l'être humain est initiale ; elle commence avec la conscience de la mort. Cette angoisse de la finitude est la source de cette peur fondamentale. Pour contrer ça, on est en quête de sécurité dans le monde immatériel et dans le monde matériel. L'argent pourrait nous préserver de la mort ? Il faut que ce monsieur arrête de délirer. C'est incroyable que des gens en soient à une telle primarité, c'est presque infantile... Si aujourd'hui le monde est convulsé, c'est surtout par la peur de l'autre. Ce sont les croyances qui sont sources de divisions, je le sais pour avoir eu une double culture, musulmane et chrétienne.
Quant au bonheur, dans les pays dits riches, il y a l'abondance et la surabondance, mais il y a aussi une consommation extraordinaire d'anxiolytiques. En Afrique, dans les villages pauvres, les gens sont gais, ils n'arrêtent pas de chanter, pourtant ils sont réduits au minimum. Donc, la joie et le bonheur ne dépendent pas de la richesse ou de la non-richesse. Cela me rappelle l'histoire de Diogène dans son tonneau qui dit à Alexandre le Grand: «Ote-toi de mon soleil!»
Moi, je préconise la sobriété, car elle est libératrice. Le libéralisme, c'est le capitalisme concentrationnaire. Nous sommes dans un système féodal déguisé où une majorité œuvre, travaille, donne son énergie pour enrichir une minorité. C'est pourquoi nous sommes dans une forme d'aliénation. Et ce qui nous aliène, c'est le superflu. Alors que nos besoins réels, qui sont les fondements du bonheur, sont : manger à sa faim, être vêtu, avoir un toit sur sa tête et être soigné quand on est malade. Le bonheur n'a rien à voir avec la matière. Il y a des milliardaires profondément malheureux !
Humains ou Terriens? Les religions monothéistes ont fait de l'humain la cerise sur le gâteau alors qu'en fait nous sommes des gens violents, destructeurs, tueurs... La planète est un champ de bataille, d'égorgements. Et je me demande si la planète ne regrette pas de nous avoir enfantés.
PROPOS RECUEILLIS PAR EMILIE TREVERT
Source : Le Point, 18 septembre 2014
Note du CIPPAD : il convient de préciser que M. Pierre Rabhi se réclame du mouvement anthroposophique et de son maître-à-penser Rudolf Steiner, ainsi qu’il l’écrit lui même dans son ouvrage « Du Sahara aux Cévennes », publié en 1983 et réédité en 2002.
D’autre part, le Centre d’information et de conseil des nouvelles spiritualités (CICNS), association qui s’en prend très explicitement à la vigilance française en matière de dérives sectaires et, au premier chef à la Miviludes, porte un projet de création d’un Observatoire indépendant des minorités spirituelles en France.
M. Pierre Rabhi fait partie des principaux soutiens à ce projet.
Le texte du CICNS présentant cet observatoire remet en cause, non seulement le travail réalisé par la Miviludes, mais aussi celui d’associations de prévention du phénomène sectaire, reconnues d’utilité publique, comme l’UNADFI et le CCMM, et l’on peut y lire, par exemple : « L’instrumentalisation des pouvoirs publics par ces associations a considérablement déséquilibré le débat en privilégiant une approche victimaire outrancière (uniquement basée sur le témoignage des « sortants de sectes » ou « apostats ») et en généralisant une politique de la rumeur et du « lieu commun ». Ces associations prennent, petit à petit et sans aucune véritable compétence, la place des sociologues des religions pour porter un regard sur les croyances, ainsi que celle des parlementaires pour établir des listes de personnes classées comme dangereuses. La façon dont ces associations se sont intégrées dans l’arsenal de lutte antisectes des pouvoirs publics français est un phénomène unique parmi les pays démocratiques ; ».